Premièrement, je n'aurais pas dû sauter aux conclusions faciles. Cette personne a beau être plus ou moins pauvre, ça ne veut pas dire qu'elle sait comment obtenir une version piratée d'un logiciel, quel qu'il soit. De plus, il a obtenu cet ordinateur d'une autre personne que je ne connais pas. Et apparemment, lorsque cette personne a acheté l'ordinateur en question il y a plusieurs années, ces logiciels étaient déjà tous installés.

Très bien. Mais, au fil de nos correspondances virtuelles, cette personne de ma famille a fini par me dire qu'elle n'accordait aucune confiance à des logiciels libres, Open Source ou gratuits. Non seulement elle n'a pas confiance en eux, mais en plus elle croit que c'est à cause de ces logiciels qu'il y a beaucoup de gens qui n'ont pas de travail. Que ça empêche les compagnies de faire assez d'argent pour payer plus d'employés.

Puisque je suis un grand défenseur du logiciel libre (sans que cela m'empêche d'acheter un logiciel si je juge qu'il le mérite ou parce que je ne trouve pas ce que je veux dans le libre), ses propos m'ont choqué. Le logiciel libre c'est avant tout une philosophie. Celle du partage. Et dans la vie, le partage est parmi les plus belles valeurs. D'ailleurs, je venais justement de partager avec cette personne de ma famille une partie de mes anciens jeux Wii. Mais passons.

Cette personne ne se rend évidemment pas compte que notre monde serait bien différent s'il n'y avait jamais eu de logiciel libre. La majorité des sites web dans le monde tournent grâce à des logiciels libres. Leur système d'exploitation est souvent Linux. Le logiciel serveur est Apache. Et la base de données est MySQL. Le présent blogue fonctionne grâce à DotClear. Mon système d'audience est Piwik. Mais j'utilise un logiciel propriétaire pour placer mes fichiers sur mon hébergement, Dreamweaver CS4. Et mon ordinateur tourne sous Windows (XP pour le moment, mais 7 dès que je pourrai).

Parfois je rêve de passer à Linux, mais je perdrais trop de choses si je le faisais. S'il n'y avait pas de logiciels libres (ou gratuits), mon ordinateur ne me servirait pas beaucoup. Mais surtout, je ne ferais pas de sites web. Sans logiciels libres ou gratuits, un ordinateur équipé de tout le nécessaire pour créer des oeuvres diverses couterait plusieurs milliers de dollars. Savez-vous le prix de Photoshop ? Savez-vous le prix de 3D Studio MAX ? 3500 beaux dollars !

C'est sûr que ces logiciels sont destinés à des professionnels du domaine de l'imagerie. Mais je ne vois pas un étudiant en infographie capable de s'acheter un tel logiciel pour continuer son apprentissage sur son ordinateur personnel à moins de s'endetter encore plus. Savez-vous quel est le prix des cours d'infographie ou encore ceux du Centre NAD ? Une simple fin de semaine d'introduction est 350 $, le logiciel utilisé (Softimage) est en anglais et si vous vouliez vous l'acheter il vous coutera tout de même 3000 $ (anciennement il coutait près de 10 000 $, mais sa compagnie a été rachetée par celle qui produit 3D Studio Max).

C'est sur que si une personne veut dessiner, elle n'a qu'à s'acheter du papier et des crayons. Surtout pas un ordinateur. Sans logiciels libres, un ordinateur personnel ou familial ne sert qu'à une chose. Aller sur Facebook. Quoique, sans les logiciels libres utilisés par Mark pour créer son site, le réseau social n'existerait pas. Et il ne serait pas le seul. Comme je l'ai dit, la majorité des sites web dépendent des logiciels libres pour fonctionner. Sans eux, toute personne ou organisme voulant faire un site web (ou offrir de l'hébergement) doit acheter des logiciels en plus du matériel et de payer des designeurs web pour créer le site.

L'Internet serait très différent de qu'il est devenu. On raconte parfois que l'Internet a été créé dans le but de partager la connaissance. Alors, s'il faut payer si cher pour partager ses connaissances, soit on ne le fait pas, soit on demande aux gens de payer pour y avoir accès. Ce serait comme si les bibliothèques faisaient payer 5 $ par jour d'emprunt d'un livre. Elles n'auraient plus lieu d'exister puisqu'on dépasserait le cout d'achat du livre bien avant d'avoir terminé sa lecture.

Et pourquoi est-ce que les bibliothèques existent ? N'était-ce pas dans le but de partager la connaissance ? Le partage avec ses pairs, mais aussi avec les générations futures. Durant mon adolescence, je n'avais pas d'ordinateur et pas d'accès Internet. J'ai quand même démarré à ce moment mon apprentissage de la programmation grâce à la bibliothèque de mon école secondaire, puis ma bibliothèque municipale. Mais presque tout ce que je sais sur le HTML, la programmation et le 3D, je l'ai appris sur Internet.

Le logiciel libre et l'Internet sont intimement liés. Ils partagent une partie de leur philosophie et aucun ne pourrait exister sans l'autre. L'Internet repose sur le logiciel libre pour fonctionner et les logiciels libres ont besoin de l'Internet pour rassembler des contributeurs et pour leur diffusion.

Mais est-ce que cela est réellement source de chômage ? Cette personne de ma famille qui le croit pense ainsi à cause du mot « gratuit » qui se trouve généralement dans la description de tout logiciel libre. Cette personne pense donc que les auteurs du logiciel ont été privés de la possibilité de vendre leur travail afin de subvenir à leurs besoins, mais aussi que l'existence même d'une alternative gratuite réduit de beaucoup la marge de manoeuvre des compagnies honorables comme Adobe ou Microsoft. Il y aurait donc une perte d'emplois puisque ces compagnies ne font pas assez de profit pour engager plus de gens.

Faux ! Le logiciel libre cré plus d'emplois qu'il n'en détruit. Ces compagnies font déjà des profits monstres et j'irais même jusqu'à dire qu'ils s'enrichissent pendant que les pauvres s'appauvrissent. Mais c'est un autre débat...

Prenons maintenant l'exemple d'un jeune homme qui décide un jour de démarrer sa petite compagnie d'hébergement et création de sites web. De quoi a-t-il besoin ? Il a besoin d'un ordinateur pour travailler, d'un ordinateur pour servir de serveur, d'une connexion Internet commerciale et de quelques logiciels libres. Linux peut servir de système sur les deux ordinateurs et pour héberger et créer les sites, tous les logiciels sont disponible en libre. Le matériel de chaque ordinateur pourrait couter que quelques centaines de dollars. Moins que le cout de la connexion Internet pour quelques moins.

Cela ne lui permettrait peut-être pas de quitter son emploi de jour, du moins pas au début, mais la libre entreprise est une valeur proche de celle du logiciel libre. D'ailleurs, il n'est pas interdit de vendre Linux. Plusieurs compagnies le font (Red Hat est la plus connue).

Vous direz peut-être « Mais pourquoi acheter Linux si on peut l'avoir gratuit ? » La version de Linux qu'ils vendent a été agrémentée de tout un tas de trucs qui ne feront pas partie d'une distribution gratuite. De plus, lorsque vous achetez leur produit, vous acheter aussi un droit à leur service à la clientèle.

Et si je suis votre logique, pourquoi acheter la suite Office de Microsoft si on peut avoir LibreOffice gratuitement ? La seule raison logique qui explique que la suite propriétaire soit installée sur autant d'ordinateurs personnels et familiaux semble être que les gens n'ont connu que ces logiciels qui sont presque les seuls utilisés dans les entreprises.

L'exemple le plus classique est que les gens ne savent pas qu'il existe d'autres navigateurs web. Pour la plupart d'entre eux, le gros « e » bleu, ce n'est pas un logiciel, c'est l'Internet. Et là, inutile de leur parler qu'il existe des logiciels pour remplacer le client de messagerie instantanée de Microsoft. Le Messenger de Microsoft est bien l'un des seuls logiciels gratuits que cette personne de ma famille utilise (et sans se poser de questions).

Voilà encore une raison de dire que les logiciels libres ne causent pas le chômage. Ils sont si peu connus et si peu utilisés. On a beau dire que Firefox et les autres navigateurs gagnent du terrain sur Internet Explorer, ce dernier reste le navigateur le plus utilisé.

Encore une fois, voilà un article qui aura servi à « me vider le coeur ». Il y aurait beaucoup plus à dire à ce sujet, mais je vais en rester là pour cette fois. Le pire, c'est que cette personne de ma famille ne lira pas cet article. Elle est bien trop occupée à téléverser sur Facebook des vidéos de son chien.