Comme j'en ai déjà parlé, l'été passé je me suis inscrit sur Facebook. D'une part, on m'avait envoyé un lien vers un album d'images que je ne pouvais voir sans être inscrit. D'autre part, je me suis dit que cela ferait plaisir à ma tante. Je n'ai toutefois pas conservé ce compte, car de toute façon, je savais que tôt ou tard il serait supprimé par le personnel de Facebook.

Pourquoi ? Bien, simplement parce que j'ai refusé d'utiliser mon vrai nom lors de la création du compte. De mon point de vue, utiliser un pseudonyme lorsqu'on s'inscrit sur un site, peu importe le site, est la règle numéro un de « safehex ». D'autant plus lorsqu'il s'agit d'un site où sera affiché d'autres informations personnelles importantes telles que notre date de naissance.

Je considère vraiment malheureux que les conditions d'utilisations de Facebook obligent les utilisateurs à adopter un comportement si peu sécuritaire. À ce sujet on peut lire çà et là sur le web que lorsque les responsables de Facebook sont questionnés à ce sujet ils répondent que ce sont les utilisateurs eux-mêmes qui ont voulu que ce soit ainsi. D'ailleurs, lorsqu'un de mes cousins a vu que j'étais inscrit sous mon pseudonyme habituel, il a dit « Mais de quoi t'as peur ? »

Juste au cas où vous ne seriez jamais allé voir les conditions d'utilisation de Facebook, voici quelques extraits (les points les plus importants mis en gras) :

  • Les utilisateurs de Facebook donnent leur vrai nom et de vraies informations les concernant, et nous vous demandons de nous aider à ce que cela ne change pas.
  • Vous ne fournirez pas de fausses informations personnelles sur Facebook et ne créerez pas de compte pour une autre personne sans son autorisation.
  • Vous ne créerez qu’un seul profil personnel.
  • Si nous supprimons votre compte, vous n’en créerez pas d’autre sans notre autorisation.
  • Vous mettrez vos coordonnées, exactes, à jour.

Je savais cela avant de m'y inscrire. Je l'ai fait quand même parce que je voulais voir le site. Et puis, sans réfléchir, j'ai tout de suite envoyé un lien à ma tante. Le lendemain, j'avais des tonnes de suggestions d'amis pour des gens que je ne connaissais même pas. Enfin, c'est sûr que je ne connais pas vraiment la plupart des gens de ma famille, même ce fameux cousin mentionné plus haut. Parce que, connaitre quelqu'un ne veut pas simplement dire connaitre son nom et savoir laquelle de mes tantes est sa mère.

Mais sur Facebook, avoir 500 amis, ça ne veut pas vraiment dire qu'on connait réellement ces 500 personnes, non ? Ma tante a d'ailleurs dans sa liste d'amis Facebook des tonnes de personnes qu'elle ne connait pas, dont des vedettes comme Céline Dion ou autre. Je suis sûr que Céline envoie à chacun de ses amis Facebook, chaque année, une carte d'anniversaire contenant un billet de 50 $. Blagues à part, là aussi le comportement des gens sur Facebook est très mauvais.

Dès l'inscription, le site demande votre adresse de courriel et le mot de passe associé. Les gens donnent ces informations à Facebook, comme si on ne leur avait jamais dit qu'il ne faut jamais révéler un mot de passe de la sorte. Un mot de passe sert justement à interdire l'accès non autorisé à des informations. Donneriez-vous le mot de passe de votre compte bancaire si Facebook vous le demandait ? Quoi ? Ce n'est pas la même chose ? Pourtant, pour Facebook, vos informations personnelles valent de l'argent. Ces informations sont utilisées pour choisir quelles publicités afficher lorsque vous êtes sur le site, mais aussi en tant que vaste étude de marché.

Par exemple, le fait que chaque personne indique à Facebook son niveau de scolarité, son emploi et son lieu de résidence, permet à Facebook et ses partenaires d'évaluer les meilleures stratégies de placement de produit et où dans le monde il sera possible de faire plus d'argent. Ils ne sont toutefois pas les seuls. Google aussi a cette possibilité et cette fois on a même pas besoin d'avoir un compte chez Google, mais le traçage et le profilage est moins précis sans un compte. Moi-même, j'utilise Piwik sur mes sites (ce blogue inclus) pour obtenir des informations sur les visiteurs. Tous les sites le font. Mais cela ne me permettrait jamais d'obtenir des informations personnelles. Je ne peux pas savoir si mes visiteurs sont des hommes ou des femmes. Je ne peux pas savoir leur âge, leur date de naissance ou le lieu où ils travaillent.

On peut comprendre que Facebook soit souvent montré du doigt dans les médias sachant que pour la majorité de ses utilisateurs il est tout à fait normal de retrouver ces informations dans leur profil et ceux de leurs amis, qu'ils en aient 10, 500 ou plus. J'ai lu que Facebook se défend de vouloir amasser un maximum d'informations personnelles au sujet de ses utilisateurs. Mais c'est pourtant ce qui est demandé dans les conditions d'utilisation citées ci-dessus. Ils disent que ce sont les utilisateurs qui veulent que Facebook fonctionne ainsi. Est-ce à dire que les millions d'utilisateurs de Facebook sont tous peu soucieux de leur vie privée ?

Aujourd'hui, presque tout le monde est sur Facebook et ceux qui n'y sont pas sont considérés tels des extraterrestres. Ça n'est pas normal. On doit être vraiment asocial.

De plus, j'ai lu sur un autre blogue en faisant des recherches qu'une personne peut avoir la surprise en créant un compte Facebook que le site lui propose ses véritables amis et connaissances. En effet, il semble que Facebook conserve les carnets d'adresses de courriel des personnes ayant accepté de donner le mot de passe de leur adresse.

Par exemple, Manon Tremblay de Brossard (personne fictive) a longtemps correspondu par courriel avec une amie d'enfance, Thérèse Potvin de Candiac (emprunt d'un personnage à Marc Labrèche) qui est sur Facebook depuis quelques années. Manon a souvent reçu des courriels d'invitation à s'inscrire sur Facebook, mais elle n'a jamais compris l'intérêt des gens pour ce site jusqu'à ce qu'elle écoute un reportage sur le sujet à la radio. Un jour, Manon succombe. Elle décide de s'y inscrire pour voir. Elle utilise sa seule adresse de courriel. Après l'inscription, le site lui propose en ami Thérèse Potvin, et tous les amis de celle-ci.

N'est-ce pas une preuve que Facebook fait quelque chose d'illégal ? Premièrement, lorsqu'on donne à Facebook le mot de passe de notre compte de courriel afin qu'il trouve tous nos amis par leur adresse et que le site envoie un courriel d'invitation à chaque adresse qu'il ne connait pas déjà, pourquoi est-ce que cela n'est pas considéré comme du courriel non sollicité ? Deuxièmement, où est-ce écrit que le site va conserver ces adresses en mémoire au cas où un jour l'une d'elles sera utilisée pour créer un compte ? Au bas du courriel d'invitation, comme on en retrouve dans beaucoup de courriels non sollicités, un lien pour dire qu'on ne veut plus recevoir d'invitations est présent. Mais, pour ma part, je n'utilise pas ces liens, car autrement cela confirme que l'adresse est valide. Aussi, rien ne dit qu'elle sera supprimée de l'énorme base de données de Facebook.

En lisant les commentaires sur les blogues, quelques personnes suggèrent de faire une plainte à la CNIL (ils sont Français), lorsque leur compte Facebook est désactivé ou supprimé sans raison apparente. Ici, au Canada, on a le CRTC (qui n'est pas exactement la même chose). Mais peu importe la raison de faire une plainte à l'un ou l'autre de ces organismes, Facebook est basé aux États-Unis et ils peuvent décider qu'ils n'ont pas à respecter la loi du pays de l'utilisateur qui a osé faire une plainte.

Malgré le nombre toujours croissant d'utilisateurs sur Facebook, beaucoup de gens sont plus ou moins contre l'utilisation de ce site, ou contre le manque de jugement de ses utilisateurs en ce qui concerne l'utilisation de leurs informations personnelles et le respect de leur vie privée. Tout le monde en parle. Mais bien peu agissent. Une grande partie de ceux qui le font essaie d'agir de l'intérieur, en créant des groupes pour inciter Facebook à changer ses méthodes. Mais il y a aussi des gens qui tentent de créer des alternatives à Facebook, dont les logiciels Movim et Friendika, que chacun peut installer sur son propre serveur web et où chacun est maitre des informations qui y sont ou non publiées. Évidemment, si l'on n’a pas de serveur web...

Je vais peut-être en faire l'expérience un jour. En attendant, voici une sélection des articles qui ont motivé le mien :